18e : un rond-point crocodilesque et participatif

Le rond-point de la Chapelle, près de la porte du même nom, est très ancien. Mais peu à peu rongé par l’urbanisation puis dévoré par l’automobile, il méritait une réhabilitation au profit des habitants du quartier. C’est aujourd’hui chose faite, suite à la démarche participative menée par le collectif Point de Rassemblement, l’Équipe de Développement Local (EDL) La Chapelle et le Budget Participatif.

 

Entretien avec Lucie PIARD, architecte-paysagiste et membre du collectif Point de Rassemblement.

 

  • Comment est née l'idée d’aménager le rond-point de la Chapelle ?

Les riverains le souhaitaient depuis des années ! Il y a encore peu, on n’y faisait que passer : pas de bancs, pas de square, rien, alors que les immeubles d’habitation donnent directement sur le rond-point. L’envie d’en faire quelque chose existait : une brocante s’y tenait sporadiquement, on y jouait aux boules… Mais aucun projet cohérent n’avait vu le jour. Le Budget Participatif a été l’occasion d’en construire un.

 

  • Comment avez-vous procédé ?

L’EDL du quartier nous a sollicités. Avec elle et le collectif ETC, nous avons formé un groupement et rencontré les acteurs du quartier : bailleurs, travailleurs sociaux, éducateurs sportifs, conseils de quartier, associations, gardiens d’immeubles, artistes, boulistes, commerçants pour échanger avec eux. Puis, fin avril 2015, nous avons érigé sur le rond-point deux colonnes de bois inspirées des colonnes Morris. Nous les avons couvertes d’affiches, de feuilles blanches et de feutres, pour que les habitants y écrivent leurs idées pour le rond-point.

 

  • Ça a marché ?

Oui ! Au début, beaucoup s’étonnaient qu’on veuille transformer ce carrefour saturé de voitures mais peu à peu les enfants s’y sont mis, et les idées ont germé. L’habitude de se réunir autour des colonnes a bien pris : les gens ont commencé par s’y asseoir, puis discuter, puis pique-niquer… La démarche participative a démarré comme ça. Forts de cette dynamique, nous avons mené trois chantiers participatifs pour regrouper et préciser les idées. Ainsi est née l’idée des bancs et du crocodile.

 

  • Le crocodile ?

Celui qui ouvre la gueule devant la porte de la crèche, là-bas. Il a été taillé sur place, à la tronçonneuse, dans une grume [tronc d’arbre abattu et ébranché] fournie par les bûcherons du bois de Vincennes. Il a été placé là pour les enfants de la crèche, comme un jeu. Aujourd’hui, ils l’ont adopté et les plus téméraires lui donnent même à manger, des brins d’herbe…

Quant aux bancs, nous voulions du solide, c’est pour ça qu’on a repris la solution des grumes. Là encore, les bûcherons sont venus les tailler sur place. Nous y avons ajouté des jardinières et, sur demande des jeunes du quartier, quelques agrès sportifs, en bois également.

 

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Le fameux crocodile

 

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Un banc-grume et agrès sportif

 

  • Quelles évolutions connaîtront ces installations ?

Elles sont vouées à durer, bien sûr. Pour l’instant, nous travaillons à étoffer les jardinières, peut-être pour en faire une sorte de jardin pédagogique, avec panneaux explicatifs. La colonne subsistante restera en place, alors qu’elle aurait dû être démontée après les chantiers participatifs. Mais les gens l’aiment bien : ils s’en servent comme point de ralliement et d’affichage. Nous voulons également développer un projet de signalétique du quartier, et pourquoi pas le déposer au Budget Participatif ?

 

 

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Le kiosque emblématique

 

Propos recueillis par Nicolas BENARD pour la Mairie de Paris

Merci à Lucie Piard pour son accueil aimable et instructif

Crédit photo : Mairie de Paris